Coût de fourchette
Le goût a-t-il forcément un coût ?

Carottes

Je ne parle pas musique mais bien légumes prêts à l’emploi. Les légumes de la 4ème gamme sont lavés épluchés et découpés industriellement. Ils sont ensuite conditionnés dans des emballages spécifiques (à teneur réduite en oxygène ce qui est censé éviter la destruction des vitamines par oxydation).

C’est un des grands succès de ces dix dernières années dans le domaine agro alimentaire. La cible ? Le consommateur préssé. Encore lui. Et la course folle se paie. La carotte râpée industrielle, marque distributeur, est 300 % plus chère que la carotte râpée maison. Je passe sur la liste des ingrédients, même si ça pourrait être franchement pire : carottes, eau, huile végétale, vinaigre d’alcool, sel, moutarde, amidon modifié de pommes de terre, arôme poivre [ah, on commence à jouer avec la boîte du petit chimiste], épaississants : E415 – E412, arômes naturels, sucre.

L’argument imparable que j’entends : « il vaut mieux manger des carottes râpées industrielles qu’un hamburger et des frites» . Pas faux. Mais tout de même ; c’est tellement vite fait de râper 2 carottes, d’ajouter un filet d’huile d’olive, un jus de citron et un peu de fleur de sel. Même pour un pack lunch dans une jolie boîte à bento colorée réutilisable.

marianne

Vous aviez remarqué ? Moi, j’ai failli passer à côté. Le gouvernement a profité de la trêve estivale pour modifier l’appellation du Ministère de l’Agriculture. Fraichement rebaptisé Ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche. Vous me direz, ça change quoi ? Extrait du site Internet : « Le ministère a lancé en avril 2008 un plan d’action pour l’accès à une offre alimentaire sûre, diversifiée et durable qui intègre les orientations d’autres ministères (ministère en charge de la santé, ministère en charge de l’environnement). Ce plan vise à contribuer à l’éducation alimentaire de tous, en valorisant les filières de production durables et les actions des industriels en matière d’amélioration de l’offre alimentaire avec une attention particulière portée pour réduire l’injustice alimentaire vis à vis des populations les plus démunies» .

Sur le papier, ça fait drôlement envie. Espérons simplement que les écrits seront suivis d’actes. De deux choses l’une. Soit nous sommes face à une véritable volonté politique et, dans ce cas, laissons leur un peu de temps pour nous le prouver. Soit il s’agit d’un « coup de pub»  et auquel cas, ce serait bien mal joué, vu l’intérêt grandissant des familles françaises pour le contenu de leur assiette. A suivre …

Demain, retour dans ma cuisine avec la recette de la crème glacée amande noix de coco. Et sans turbine s’il vous plaît !

Sigle BIO

J’essaye de consommer des légumes cultivés localement. Soyons clairs, ça n’est pas facile. D’autant plus en région parisienne où les producteurs désertent les marchés au profit des revendeurs. Je me rends aussi à la Biocoop du coin environ une fois par mois pour y acheter au détail du riz, de la farine, du sucre,  certaines huiles, quelques produits frais comme le tofu, le lait, les oeufs et enfin un ou deux produits d’entretien pour la maison… Rien de systématique chez moi donc. La semaine dernière, j’ai cependant été interpelée par la publication d’un rapport détaillé sur la nourriture biologique par la Food Standards Agency (FSA), l’agence britannique chargée de la sécurité alimentaire.

Selon le quotidien Libération « les chercheurs de la London School of Hygiene and Tropical Medecine ont réalisé une méta-analyse, c’est-à-dire une étude d’études publiées au cours des cinquante dernières années. A partir de 52 471 articles sur le sujet, deux chercheurs ont isolé 162 études, dont 137 sur les cultures et 25 sur les produits d’élevage, qu’ils ont épluchées.»  Sur la base d’une critique systématique des études publiées, il n’existe aucune preuve d’une différence de qualité nutritionnelle entre les produits cultivés de manière biologique et ceux cultivés de manière conventionnelle, explique Alan Dangour, l’un des auteurs de l’étude scientifique.

A première vue, il apparait paradoxal et justement peu scientifique de comparer deux champs d’actions de l’agriculture aussi vastes. Surtout s’ils sont aussi diversifiés et complexes. L’agriculture d’aujourd’hui revêt des fonctionnements très différents au sein d’une même filière. Premier bémol.

Le 30 juillet, le quotidien le Figaro publie un article intitulé « les bénéfices du «bio» en question»  et affirme pour conclure : « reste à savoir si les consommateurs vont continuer à payer en moyenne 25 % plus cher (mais parfois beaucoup plus) des produits qui n’apportent pas un plus évident en matière de santé. Et qui n’ont pas forcément meilleur goût» . Mais qui a dit que les produits issus de l’agriculture biologique étaient censés contenir davantage de nutriments et avoir meilleur goût ? Personne à ma connaissance. Une pomme cultivée sans pesticide a un bon goût de pomme et nourrit son homme, point barre. On ne lui demande rien d’autre. Par contre, une pomme cultivée de manière conventionnelle subissant au bas mot 25 traitements avant d’atterrir dans notre réfrigérateur,  a bien, elle aussi, un goût de pomme, mais contient en plus ce que l’on appelle des résidus de pesticides. Lesquels pesticides, insecticides et autres fongicides modifient à la longue la structure des sols et notre environnement. Et pas seulement. Combien existe-t-il d’agriculteurs touchés par des maladies neuro-dégénératives ou des cancers, du fait de l’exposition répétée aux produits de traitement phytosanitaires ?

L’expression « agriculture biologique»  est récente, mais le mode de culture lui est ancestral. Respecter la terre, faire preuve de bon sens et ne pas chercher à augmenter ses rendements à n’importe quel prix… tout cela est vieux comme le monde. Je rencontre régulièrement des producteurs non certifiés qui cultivent selon le bon sens de la culture biologique ; par idéologie parfois, par conviction la plupart du temps. Pour eux, il est évident que l’agriculture intensive conventionnelle est un non sens et apparait comme un mode de culture forcément limité dans le temps.

Le 7 août, le même Figaro nous annonce « qu’après des années de croissance, les ventes de produits bio ont reculé d’environ 4 % depuis le début de l’année, selon la société d’études GFK, qui a mesuré les habitudes de consommation de 30 000 ménages» . C’est ce qui s’appelle en rajouter une louche. Au bénéfice de qui ?

 

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Prix, nom masculin du latin pretium. Valeur d’un bien, d’un service, exprimée en monnaie

Qui ne s’est jamais retrouvé dans cette situation hasardeuse -ça ne devrait d’ailleurs jamais être le cas !- ou l’on endosse instantanément l’habit du client mal à l’aise, bafouillant, obligé de quémander le prix au kilo parce que d’étiquette il n’y a point. Petit moment de solitude. Le train passe… Le commerçant nous regarde avec une tête d’ahuri, du style de celui qui a face à lui une enmerdeuse cliente pas facile qui, en plus d’observer attentivement les légumes, demande combien ça va lui coûter !

Il existe une multitude de situations de ce genre et celles et ceux qui ont pour habitude de se coltiner le cabas le savent bien ! Il y a aussi l’artisan boucher à qui vous demandez -en ce joli dimanche- un filet mignon de porc de 1 kilo et qui vous annonce fièrement en vous regardant avec un oeil  -l’autre est caché derrière sa balance- « 1,220 kilo c’est parfait, j’emballe ?»  Non, vous n’emballez pas, parce qu’à 18 euros du kilo, ma note s’allonge monsieur (NDLA : 3,96 euros en sus tout de même) et que si je fais comme ça chez tous les commerçants de la rue je mange des pâtes et du riz 3 mois sur douze moi monsieur. Il faut tenir bon, garder le sourire et expliquer que non décidément pour respecter votre recette, c’est bien d’1 petit kilo dont vous avez besoin.

Demander le prix peut effrayer. Et pourquoi donc ? Je suis fille de commerçant, j’ai souvent entendu dire « le client est roi» . Il n’y a rien de déshonorant, bien au contraire. Comme le dit Jean-Pierre Coffe « il faut réapprendre l’usage de la balance pour être précis dans ses achats» . Et tant pis si on pique un fard et qu’il y a une dizaine de clients qui piétinent derrière nous !