Coût de fourchette
Le goût a-t-il forcément un coût ?

Madeleines

…appelé Madeleine.

« Je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. » A la Recherche du temps perdu

Selon Jeanette Konrad, une jeune Allemande férue de ces petits gâteaux moelleux et de Proust, à l’est de l’Europe, on les appelle des pattes d’ours et c’est une pâtisserie banale parmi tant d’autres… C’est tout le contraire de ce côté-ci de l’Europe ! D’un point de vue historique, la Madeleine n’a d’ailleurs rien à envier à ces autres douceurs qui parlent instinctivement aux papilles de chacun et chacune d’entre nous : le baba au rhum, la meringue, la tarte des sœurs Tatin ou encore la crème brûlée… Toutes sont de fabuleuses réussites pâtissières nées du fruit des circonstances… Pour notre Madeleine, plusieurs versions s’affrontent. Après quelques recherches ça et là, il me semble au combien légitime de vous soumettre les deux… A chaque fois, il y est question de Roi, d’honneur et du temps qui file trop vite…

La première version ou comment le nom d’une petite cuisinière de maison bourgeoise passa à la prospérité

Le roi Stanislas de Pologne avait comme résidence secondaire le château de Commercy situé dans une petite bourgade de Lorraine. Un jour de l’an de grâce 1755, où il s’y était réfugié alors qu’il était en exil, il reçu pour invités Voltaire et madame de Châtelet qu’il savait des hôtes très gourmands. Pour l’occasion il demanda à Madeleine Paulmier, servante de la marquise Perrotin de Baumont, de préparer une sucrerie inédite. Celle-ci proposa à ses hôtes de petits gâteaux aux ventres rebondis qui furent déclarés fameux notamment pour la finesse du parfum de bergamote.
Le roi Stanislas apprécia tellement ces gâteaux qu’il en envoya un colis à sa fille, Marie, épouse du roi Louis XV à la cour de Versailles. La pâtisserie fut tellement appréciée qu’on décida de l’appeler Gâteau de la reine, mais celle-ci préféra l’appeler, Madeleine, du nom de celle qui avait inventé ce gâteau devenu si célèbre aujourd’hui.

Seconde version ou comment une dispute a finalement permis à Proust, une fois adulte, de revivre une scène de son enfance en trempant une Madeleine dans une tasse de thé…

Lors d’un gigantesque banquet, le pâtissier de la cour et l’intendant du roi Stanislas Leszcynski se disputèrent violemment dans les cuisines du château de Commercy. Pendant le repas le pâtissier n’hésita pas à rendre son tablier en emportant avec lui le dessert préparé. Les invités s’impatientaient… La renommée du Roi Stanislas était en jeu… Il était temps d’agir et vite. Une soubrette dévouée, sauva la situation. Elle se hâta de confectionner un gâteau à cuisson rapide à base de sucre, de farine, de beurre, d’œufs et de zestes de citron, dont elle avait hérité la recette de sa grand-mère. Prénommée Madeleine, le Roi, pour la féliciter et la remercier de lui avoir sauvé la mise devant ses invités, baptisa de son prénom le délicieux dessert.

Stanislas dévoila la recette à sa fille Marie, la femme de Louis XV, qui la fit connaître à la cour de Versailles, et, par ce biais, à la France entière. Comme souvent, la connaissance de l’histoire d’un plat donne envie de remonter ses manches, voici la recette originelle…

Temps : 30 minutes, cuisson comprise

Pour une douzaine de Madeleines

Coût : 16 centimes par Madeleine

Ingrédients

  • 100 grammes de farine : 5 centimes
  • 3 grammes de levure chimique : 3 centimes
  • 100 grammes de beurre bio : 86 centimes
  • 1/4 de citron non traité : 10 centimes
  • 2 œufs : 70 centimes
  • 120 grammes de sucre en poudre : 23 centimes
  • 1 CC de fleur d’Oranger ou de bergamote selon les goûts

Préparation

Faites fondre le beurre dans une petite casserole puis laissez-le refroidir. Zestez 1/4 d’un citron (attention à bien laisser de côté la peau blanche, trop amer…). Hachez finement le zeste. Cassez les oeufs dans un saladier, ajoutez le sucre et mélangez au fouet manuel. Vous devez obtenir une préparation mousseuse. Ajoutez ensuite la farine et la levure Mélangez bien. Ajoutez le beurre fondu et les zestes sans cesser de tourner.

Sortez la grille du four que vous préchauffez ensuite à 220°. Beurrez légèrement les moules souples (ou autres) que vous aurez préalablement disposés sur la grille du four. Remplissez les alvéoles aux deux tiers. Mettez au four à 220°C pendant 5 minutes puis baissez la température à 200°C et laissez encore cuire 10 minutes. Démoulez-les tièdes et laissez-les refroidir sur une grille.

Astuce : vous pouvez remplacer une partie du sucre par du miel (ou du sucre inverti) ; cela donnera davantage de souplesse à vos Madeleine et permettra de les conserver plus longtemps. Pour la règle de trois, c’est par ici !

Alors bien sûr, comme toujours, laissez libre court à votre imagination… En version salées (avec de la tomate confite, du basilic, de la ricotta…), ou sucrées (au chocolat, au miel d’acacia…), tout est permis, ou presque….

Pour la petite histoire, j’ai été surprise d’apprendre que dans les Cahiers de la Recherche, Proust explique qu’il avait tout d’abord eu l’intention de tremper dans son thé, à la place d’une Madeleine, une insignifiante tranche de pain grillé. Comme quoi,  la Madeleine a finalement failli passer à côté de ses heures de gloire…